Cher Nez,
On vous écrit de Futaba, sur la côte est du Japon, à quelques kilomètres de Fukushima Daiichi et de la zone interdite. On vous écrit saisis et bouleversés par les contrastes qu'on y découvre. Futaba est une ville fantôme en reconstruction où le vacarme des chantiers apaise le silence suffocant de maisons chancelantes et désertées. Elles se lézardent de toutes parts, ces maisons, balafrées du dehors, dévastées du dedans, et invisiblement contaminées. Elles jouxtent de vastes terrains vagues recouverts de graviers : « Ici, il y avait le bar de la mère d’Atsuko ; là, le supermarché ; derrière, un lycée. » Démolis, déblayés, nettoyés.
Les routes sont belles à Futaba, fraîchement goudronnées et repeintes. Un ballet de camions containers et de pelleteuses les empruntent tout le jour, mais ce va-et-vient euphorique accentue de façon plus pénible encore l’immobilité de ces voitures aux pneus plats, carcasses rouillées et poussiéreuses, comme pétrifiées depuis douze ans sur ces parkings qui semblent trop grands maintenant pour la cinquantaine de personnes revenues vivre ici.
Pourquoi revenir à Futaba ? Cette question charrie à sa suite – on s’en rend compte en errant dans la ville et en écoutant les témoignages de ces habitant.es – des récits intimes, politiques et philosophiques qui brouillent les espaces et le temps. Fukushima, ce n’était pas là-bas : c’est partout ; le 11 mars 2011, ce n’était pas hier : c’est maintenant, c'est demain. Il est nécessaire de traiter le sujet au théâtre, vous ne croyez pas ? Mais comment ? On en reparle vite ?
Jérémy Vitté & Florian Pâque, le 26 février 2023
On vous écrit de Futaba, sur la côte est du Japon, à quelques kilomètres de Fukushima Daiichi et de la zone interdite. On vous écrit saisis et bouleversés par les contrastes qu'on y découvre. Futaba est une ville fantôme en reconstruction où le vacarme des chantiers apaise le silence suffocant de maisons chancelantes et désertées. Elles se lézardent de toutes parts, ces maisons, balafrées du dehors, dévastées du dedans, et invisiblement contaminées. Elles jouxtent de vastes terrains vagues recouverts de graviers : « Ici, il y avait le bar de la mère d’Atsuko ; là, le supermarché ; derrière, un lycée. » Démolis, déblayés, nettoyés.
Les routes sont belles à Futaba, fraîchement goudronnées et repeintes. Un ballet de camions containers et de pelleteuses les empruntent tout le jour, mais ce va-et-vient euphorique accentue de façon plus pénible encore l’immobilité de ces voitures aux pneus plats, carcasses rouillées et poussiéreuses, comme pétrifiées depuis douze ans sur ces parkings qui semblent trop grands maintenant pour la cinquantaine de personnes revenues vivre ici.
Pourquoi revenir à Futaba ? Cette question charrie à sa suite – on s’en rend compte en errant dans la ville et en écoutant les témoignages de ces habitant.es – des récits intimes, politiques et philosophiques qui brouillent les espaces et le temps. Fukushima, ce n’était pas là-bas : c’est partout ; le 11 mars 2011, ce n’était pas hier : c’est maintenant, c'est demain. Il est nécessaire de traiter le sujet au théâtre, vous ne croyez pas ? Mais comment ? On en reparle vite ?
Jérémy Vitté & Florian Pâque, le 26 février 2023
Grâce à une bourse de travail accordée par l'Académie Royale de Langues et Littératures françaises de Belgique et la Fondation Horlait Dapsens (à la suite du Grand Prix des Arts du spectacle qu’il venait de recevoir en 2022), Florian Pâque a visité la ville de Futaba, située à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, endommagée lors du tsunami de mars 2011.
Cette aventure, de recherches et d'écritures, renouvelée deux fois, en 2023 et 2026, fera l'obet, dans les prochaines années, d'un travail théâtral en binôme avec l'artiste photographe, graphiste et directeur artistique Jérémy Vitté.
"Suite au prochain épisode", comme on dit...
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